Y’a t’il trop de studios de yoga à Paris ?
Voilà bientôt 2 ans que je référence les studios de yoga ce qui me permet d’avoir une cartographie assez précise de leur implantation dans la capitale.
Sans être exhaustive je peux donc affirmer qu’il y a plus de 150 studios de yoga à Paris!
Est-ce suffisant ? Est-ce trop?
L’idée de cet article m’est venue car dans les prochaines semaines ce ne sont pas moins de 5 nouveaux studios qui vont ouvrir leurs portes.
A chaque rentrée le même phénomène se reproduit à tel point que je n’arrive plus à suivre et que la liste des studios à référencer va bientôt être supérieure à celle des studios déjà en ligne sur yogassimo
Ainsi naissent les studios, ainsi meurent t’ils aussi parfois…
C’est toujours triste d’assister à la fermeture d’un studio. Parfois au terme d’à peine une ou deux saisons d’exercice.
Plus triste encore des studios plus anciens sont mis en vente et peinent à trouver un repreneur car le secteur du yoga n’est pas épargné par la transformation de l’économie et nos nouveaux modes de vie. Il faudra s’y adapter ou disparaître…
Répartition des studios de yoga par arrondissement
Lorsque l’on regarde la répartition des studios dans Paris, on se rend compte que certains arrondissements sont bien servis et d’autres complètement délaissés.
Si des études de marché étaient réalisées au préalable cela éviterait de voir plusieurs studios ouvrir dans la même rue en proposant les mêmes cours aux mêmes heures et s’asphyxiant eux-mêmes!
Et c’est là que l’on rentre dans un cercle qui semble économiquement peu rentable.
Pourquoi les studios de yoga à Paris ne sont pas rentables?
Il est évident qu’un studio bien placé dans un beau quartier va attirer une clientèle avec un meilleur pouvoir d’achat. Il est toujours tentant de s’implanter sur une adresse prestigieuse.
Mais les loyers sont tels à Paris que même pour un studio qui remplit ses classes on peut se demander s’il n’aura pas du mal à survivre. Certains semblent avoir trouvé la solution en offrant d’autres services comme la vente de vêtements et d’accessoires de yoga, des cosmétiques ou encore des jus bio.
Personnellement, j’en ai un peu marre de devoir traverser un magasin quand je vais faire du yoga! C’est un peu comme à Disneyland à la sortie de l’attraction de Buzz l’éclair (ceux qui ont des enfants me comprendront).
D’un autre côté il y a probablement une clientèle que cela ne gène pas. Certains studios sont magnifiquement décorés et offrent un confort digne d’un hôtel de luxe. Petit à petit, on s’habitue…
Les pass salle de sports
Comme une surcouche à cette situation économique, des acteurs comme Gymlib ou Class Pass, pour ne citer qu’eux, ont modifié le marché pour le meilleur et surtout pour le pire dans la cas du yoga.
Un pass de salle de sport comme Gymlib, c’est un paiement au mois et la possibilité pour les adhérents d’aller dans tous les studios qui adhèrent au concept (les propriétaires de studios ont-ils encore le choix?). Tout ça sans engagement.
Du yoga sans engagement, c’est un peu comme un couple libre, ça sonne faux!
Concrètement ça donne quoi et pourquoi j’en parle aujourd’hui?
Je cherchais un cours dans un des studios parmi les plus connus de la capitale. La classe était notée “en liste d’attente”. Au final j’ai renoncé pour ne pas me déplacer pour rien.
Les abonnés des pass de salles de sports surbookent des cours puis annulent au dernier moment. C’est déjà une perte de clientèle réelle sur des créneaux importants comme le midi ou le soir.
c’est ingérable pour les studios et assez désagréable pour ceux qui ne peuvent plus réserver.
Je ne parle pas de la qualité des cours avec des élèves qui se baladent d’un studio à l’autre comme pour d’autres activités.
Le yoga n’est pas une activité comme le fitness ou autre
Le yoga se transmet de maître à élève au fil des années au prix d’une pratique régulière.
Les élèves font du snacking-yoga, les professeurs se démotivent, les élèves vont et viennent et c’est le niveau général qui baisse. Pour une fois je ne suis pas du côté des plus optimistes sur ce point.
Les abonnements sportifs font du mal a la profession.
On me rétorque souvent que c’est parce que le yoga coûte cher mais à bien y regarder, la plupart des studios proposent des offres découvertes. Il est donc tout à fait possible de tester avant de s’engager.
Conclusion
Finalement y’a t’il trop de studios de yoga à Paris? Probablement. Ce n’est qu’une partie du problème.
Lorsque l’on enseigne le yoga et que l’on est engagé dans cette voix, posséder son propre studio est une évolution toute naturelle. Mais être propriétaire de studio est un métier très différent de l’enseignement et ce n’est pas une demi-journée sur le sujet dans un teacher training qui fera de vous un bon gestionnaire.
Encore une fois je le dis, je suis surprise que les acteurs de la profession ne se regroupent pas pour réfléchir collectivement à l’offre, à l’implantation et se laissent gagner par l’envie de posséder leur propre studio car au bout du bout, c’est vraiment dur à porter.
De l’autre côté pour nous les pratiquants, l’offre est confuse, trop de styles, trop de nouveau concept, des médecines alternatives, du développement personnel, on s’y perd. J’en appelle donc à la responsabilité des acteurs de la profession pour rendre la discipline plus lisible dans une capitale aussi importante que Paris.
J’ai fait le même constat quand je suis arrivée à Montréal et je me suis rendue compte que cela avait aussi un impact sur les rétributions données pour les cours de yoga. Car plus de studio = plus de formations de prof = plus de nouveaux profs à chaque rentrée dont beaucoup vont accepter des tarifs réduits pour se faire de l’expérience = une descente du tarif horaire du prof de yoga
J’ai personnellement vu ma rétribution horaire être divisé de moitié entre la France et Montréal et en plus j’avais parfois des conditions de travail vraiment difficile (salle de sport avec cours de zumba à côté, irrespect des propriétaires parfois…) J’ai enseigné à temps plein 3 ans en France, j’ai tenu 6 mois ici puis je me suis dit que pour pas terminer dégouté il allait falloir que je me trouve un nouvel équilibre. Pourtant mon calendrier était plein mais j’étais épuisée , frustrée ect. J’ai trouvé un autre emploi qui me convient, j’accepte quelques remplacements choisis et je fais beaucoup de yoga pour moi . La suite reste à voir.
Merci pour votre témoignage. Il est dommage que des personnes passionnées comme vous semblez l’être doivent cesser leurs activités pour ces raisons. Je n’ai pas abordé la rémunération des professeurs dans cet article, mais c’est un vrai sujet qui sera abordé en 2020 dans le Think Tank Yoga France.
Bonjour Maeva,
Ton commentaire m’interpelle car je dois partir vivre au Québec dans quelques temps et j’ai sondé le marché la bas. Ça m’a l air bien compliqué d’être payé correctement. Je serais ravie de pouvoir te poser quelques questions si tu le veux bien ?
Aurélie